10 ans de webdesign
Difficile Ă croire mais, comme Inside, le design de sites âcorporateâ a dix ans. Câest fascinant de voir comment il a Ă©voluĂ© en si peu de temps, passant de la mise en ligne de sites âbrochuresâ aux rĂ©cents sites les plus interactifs.
Les sites dâentreprises se renouvellent Ă peu prĂšs tous les 2-3 ans. Le Web Design Ă©volue sans cesse et sâadapte en permanence aux nouvelles technologies. Le Web Design est un produit de son environnement, en particulier du HTML et des navigateurs internet. Mais il est aussi influencĂ© par les outils de gestion de contenu (CMS), par la vitesse des processeurs⊠Le Web Design sâadapte Ă chaque fois aux nouvelles frontiĂšres de la technologie.
En gros, on est passé successivement par les étapes suivantes : Brochureware, Virtual World Design, Database Design, Standardisation, Services-oriented, Customer-Centric Design. Voici un bref historique.
Les premiÚres années : avant 1996
Rappelez-vous. Le navigateur Mosaic, sorti en dĂ©cembre 1993, a Ă©tĂ© le premier Ă populariser le World Wide Web. A cette Ă©poque, le HTML 2.0 nâexistait pas encore, ce qui rendait Mosaic extrĂȘmement limitĂ© dans ses fonctionnalitĂ©s. Netscape Navigator 1.0 a dĂ©barquĂ© en dĂ©cembre 1994, en intĂ©grant le HTML 2.0. De rĂ©elles perspectives ont toutefois Ă©tĂ© possibles dĂšs le lancement de Internet Explorer 2.0 (fin 1995). Câest Ă cette Ă©poque que les navigateurs commencent Ă supporter les tables et, surtout, les formulaires. On peut enfin passer de lâautre cĂŽtĂ© dâune page web.
CâĂ©tait le temps des âscientifiques du webâ. On avait un peu lâimpression que le mĂ©dia Ă©tait la propriĂ©tĂ© des universitĂ©s et quâil fallait un doctorat pour avoir le droit dâen parler. Evidemment, toute notion de design Ă©tait absente du dĂ©bat.
Changement radical dĂšs 1996, quand les Graphic Designers ont dĂ©cidĂ© de sâaccaparer ce nouveau medium. Dans les annĂ©es 80 et au dĂ©but des annĂ©es 90, le Desktop Publishing sur le Macintosh dâApple a Ă©tĂ© le nouveau combat de toute une gĂ©nĂ©ration. Le web a Ă©tĂ© leur nouveau challenge.
Netscape vs. Microsoft

Au mĂȘme moment, Netscape occupait le terrain et rĂ©volutionnait le webdesign avec le lancement, en mars 1996, du Navigator 2.0. Le premier Ă proposer le javascript (un choc !) et lâintĂ©gration de plug-ins.
CâĂ©tait le dĂ©but de la guerre des navigateurs, mĂȘme si Microsoft nâĂ©tait encore quâun faible challenger (moins de 10% de part de marchĂ©).
IE 3.0 est sorti fin 1996 et sâest ostensiblement rapprochĂ© du niveau de Netscape en acceptant frames, plug-ins et Javascript, mais en ajoutant Ă©galement des fonctionnalitĂ©s telles que le VBScript, lâActiveX, et les CSS, dont nous connaissons la puissance aujourdâhui.
Entrée en scÚne des marketeers Fin 96, début 97⊠les départements marketing réfléchissent au potentiel commercial du Web. Les sites de Pepsi et de Coca-Cola étaient deux exemples intéressants.

Le site de Pepsi en 1996 rĂ©alisait, pour lâĂ©poque, un veritable tour de force : logo animĂ© en Java, applications Shockwave, 3D VRML, streaming audio, Quicktime. La premiĂšre version du site, baptisĂ©e « Psychotric Sundae » (tout un programme), demandait le tĂ©lĂ©chargement dâun nombre important de plug-ins pour pouvoir ĂȘtre surfable.
Pepsi a Ă©tĂ© lâun des premiers sites Ă exploiter lâinteractivitĂ© du Web. Il a essayĂ© de crĂ©er un monde virtuel, Ă©voluant autour dâavant-premiĂšres cinĂ©ma, musicales, de jeux, dâart digital⊠Les habitants du monde virtuel de Pepsi Ă©taient baptisĂ©s les « Squatters ».
Pepsi voulait devenir un fournisseur de contenu de masse, attirer une audience gigantesque. CâĂ©tait typiquement une approche de « broadcaster », combinĂ©e Ă une expĂ©rience dâimmersion dans le monde de la marque Pepsi, par le jeu et lâinteraction.
Le site de Coca-Cola Ă©tait un peu terne en comparaison⊠il sâagissait dâun âsimpleâ musĂ©e virtuel. Mais qui Ă©tait prĂ©sentĂ©, Ă lâinstar de Pepsi, comme un monde de jeux, de dĂ©couvertes, dâapplications innovantes : âthe place to beâ.
1997-99
Cette notion dâendroit Ă ne pas manquer Ă©tait Ă©galement le leitmotiv dâAmazon.com, qui se positionnait Ă ses dĂ©buts comme la premiĂšre librairie en ligne. Amazon est entrĂ©e en bourse en mai 1997 et a Ă©tĂ© la locomotive des premiĂšres annĂ©es de lâe-commerce.
Le Web apparaissait dĂ©sormais comme un canal de distribution, autant que comme un media. En 1997, Microsoft a pris lâavantage sur Netscape. Quand Netscape a lancĂ© la version 4.0 de son navigateur, Microsoft a rĂ©agi directement (en octobre) avec son propre Internet Explorer 4.0. Technologiquement, le produit Ă©tait largement supĂ©rieur, notamment dans sa gestion des feuilles de style (CSS).
Les tableaux au service du design En 1997, David Siegel a publiĂ© la seconde Ă©dition de son âCreating Killer Web Sitesâ. Une bible.
Lâun des principaux choix prĂ©conisĂ©s par Siegel Ă©tait lâusage quasi permanent de tableaux. MĂȘme le W3C prĂ©conisait une construction basĂ©e sur les tableaux.
Sites attractifs Une autre tendance nĂ©e vers 1997 : les sites doivent dĂ©sormais captiver le surfeur, ĂȘtre « sticky ». Ils peuvent servir dâappĂąt pour des millions de consommateurs potentiels. Les attirer, les amuser et les conserver, pour mieux leur vendre ensuite. Siegel le rĂ©sumait de la maniĂšre suivante :
âYou must welcome them and make them feel at home in your site. Most third-generation sites have an entry, a center area with a core page for exploration, and a well-defined exit. Third-generation sites pull visitors through by tantalizing them with something exciting on every page.â
Câest un nouvel exemple du site web envisagĂ© comme un « endroit ». On pourrait presque dire que le surfeur doit dĂ©sormais se sentir chez lui.
HTML 4.0 et CSS 2 Juillet 1997 marque les dĂ©buts du HTML 4.0 qui deviendra la version officielle du W3C dĂšs avril 1998. Avant le 4.0, les navigateurs Ă©taient tous plus ou moins compatibles avec la majoritĂ© des sites web. DĂ©sormais, il existe des sites « IE » et des sites « Netscape » (sans parler des autres navigateurs). Les web designers sont confrontĂ©s Ă des dĂ©veloppements hybrides. Le temps de dĂ©veloppement en prend un coup. La phrase «site optimisĂ© pour » devient courante, et elle nâa toujours pas disparu aujourdâhui.
Design et sites web transactionnels
La cĂ©lĂšbre bulle internet a rĂ©ellement commencĂ© Ă gonfler entre 1998 et 1999, autour des sites marchands. Elle a fortement influencĂ© le Web Design en lâorientant vers plus dâergonomie, plus de rĂ©flexion autour de la navigation (et du chemin dâaccĂšs vers la transaction). Câest ce que lâon appelle le âdatabase designâ : un design orientĂ© produit, qui se transforme bien souvent en site-catalogue. Avec lâessor des pages dynamiques (principalement ASP, PHP et Coldfusion) les sites sont dĂ©sormais « database driven ».
2000-2003 : standardisation 2000 a Ă©tĂ© une annĂ©e charniĂšre pour le Web Design : dâimportants standards ont Ă©tĂ© fixes. Le XHTML 1.0 est devenu une recommandation officielle de la W3C dĂšs janvier 2000. Dans les mois qui ont suivi, le XML Ă©tait sur toutes les lĂšvres.
Le design des sites web est devenu prĂ©visible, car plus standardisĂ©. Le leitmotiv des grandes marques est devenu « one face to the world ». Dans ce cas, la recherche du plus grand dĂ©nominateur commun prĂ©valait souvent sur lâinnovation.
Plusieurs gourous du Web Design, Jakob Nielsen, ont Ă©rigĂ© en standards de nombreux critĂšres ergonomiques et rĂšgles dâ « usability ».
Les outils de gestion de contenu (CMS) ont Ă©galement largement contribuĂ© Ă la standardisation des sites web. La plupart dâentre eux fonctionnent sur base de pages modĂšles, lesquelles sont utilisĂ©es, partagĂ©es, rĂ©utilisĂ©esâŠ
2004-06 : vers un Web Ă©largi Le Web a (doucement) quittĂ© son terminal de prĂ©dilection, le PC, pour se tourner vers les tĂ©lĂ©phones mobiles, et bientĂŽt vers les tĂ©lĂ©viseurs. Bien que lâon parle depuis de nombreuses annĂ©es de convergence (je me souviens notamment dâun Internet Future Forum organisĂ© en 1999 par Skynet sur ce sujet), on commence enfin Ă en dĂ©couvrir des exemples trĂšs concrets. Le XML reste le meilleur ami de cette recherche de convergence.
En parallĂšle avec cette extension, on assiste Ă lâexplosion des « Web services », que lâon regroupe au niveau design dans la catĂ©gorie « Service-Oriented Architecture ». Les sites de 2004 ne sont plus des «endroits » ou des tentatives de crĂ©ations de mondes virtuels. Ils sont dorĂ©navant des collections et assemblages de services.
Lorsque je surfe sur le site dâAmazon, je ne vois plus une librairie ou un marchĂ© virtuel. Je dĂ©couvre plutĂŽt une collection de services créés spĂ©cifiquement pour moi. Amazon connaĂźt mon nom, me recommande des articles prĂ©cis, qui sont neufs depuis ma derniĂšre visite, mâinvite Ă Ă©valuer les titres proposĂ©s, etc, etc.
Je peux mĂȘme construire mon propre service, en utilisant les API dâAmazon (Application Programming Interfaces).
Câest donc bien plus quâun endroit oĂč je peux me rendre pour effectuer mes achats : câest une extension de ma personne. Le site nâest plus un endroit, câest un agent. Nous sommes loin des âbrochurewareâ de 1996.
2007-09 : des sites 100% Customer-Centric La premiĂšre dĂ©cennie du Web Design a Ă©tĂ© marquĂ©e par un environnement (technique) en perpĂ©tuelle mutation. Les browsers ont particuliĂšrement contribuĂ© au web que nous connaissons aujourdâhui.
Les spĂ©cifications HTML ont Ă©voluĂ© dâune structure rigide, architecturale, vers une approche HTML-XML plus hybride.
Et aujourdâhui, les « vieux » CSS sont plus modernes que jamais. La structure est enfin sĂ©parĂ©e de la prĂ©sentation.
Les dĂ©partements marketing ont acquis une maturitĂ©, un know-how qui produit ses premiers fruits. Principal apprentissage : le web fonctionne dans les deux sens, push et pull. Rares sont les sites professionnels qui, aujourdâhui, nâintĂšgrent pas cette notion.
Lâunivers mouvant entourant le web lui a permis dâĂ©voluer du textuel vers le multimĂ©dia, du brochureware vers lâinteractif, du statique vers le transactionnel, du chaotique au standardisĂ©, du rigide Ă lâextensible.
Ils ne sont plus des endroits virtuels, mais des agents virtuels. Ils sont conçus pour servir leurs utilisateurs et leur design doit ĂȘtre personnalisĂ©, adaptĂ© Ă chaque application proposĂ©e.
Les sites continueront Ă Ă©voluer et Ă ĂȘtre le produit de leur environnement. Les navigateurs continueront dâaffecter la façon dont le Web nous apparaĂźtra dans 10 ans. Les technologies XML ne sont pas si rĂ©pandues que ça sur les sites corporate dâaujourdâhui. Leur progression continuera. Lâexemple des RSS et RDF est lĂ pour nous le montrer.
Nous ne savons pas Ă quoi ressembleront les sites web en 2016, mais nous savons quâils continueront sans cesse Ă se rĂ©inventer, comme ils lâont fait depuis 1996. La stabilitĂ© nâest pas pour demain. Chouette.